vendredi 30 juillet 2010

À bout du Ventoux ...


On ne compte plus les heures. On ne compte plus les crampes. On ne compte plus les cyclistes qui s'arrêtent au bord de la route, on ne compte plus le nombre de fois où on pousse sur les pédales, on ne compte plus le nombre de kilomètres jusqu'au Chalet Resnard, on ne compte plus rien, plus rien ... on arrive en haut. En haut de quoi ? En haut du col mythique parmi les mythiques, en haut du Géant de Provence, perché dans la brume, balayé par les tempêtes et le froid, en haut du seul, unique et terrifiant ... Mont Ventoux !

On l'avait presque oublié, celui-là, caché, bien caché entre deux étapes, au chaud dans son manteau de brume, planté tel un immense caillou sorti de nulle part, rajouté au programme pour le seul plaisir de se mesurer, de se prouver quelque chose de futile et d'indispensable. Il fallait des lacets, des virages, de la sueur, du mal, pour dire que ça valait la peine et que ce Tour de France avait un je ne sais quoi de poésie, d'aventure et le dirais-je, de panache : aujourd'hui, c'est notre "Rêves" qu'on a réalisé.

Jean Luc, Karine, Marc, Christophe, Philippe, Mimi, Papa, Moi : c'est la fine équipe qui s'est élancé de Bédoin pour rallier, 22km plus tard, 22km que les plus grands rouleurs du monde escaladent en moins d'une heure, 22km d'ascension vertigineuse vers les pentes caillassées, froides et abruptes du Géant, pour rallier disais-je le sommet du monde, le sommet de notre monde, la Provence enfin retrouvée.




Nous partîmes donc non pas 500 mais 8, chacun à notre rythme, chacun sa foulée, chacun sa cadence, son coup de rein, son coup de pédale, mais un même pourcentage sous la pattes, une même côte, et un même mal de chien à savoir quand arrivera la prochaine balise kilométrique.

Bédoin : les petits bars, les bruits de vélo, l'enthousiasme des premières minutes, l'insouciance de ceux qui ne savent pas ce qui les attend. Le virage de Saint Estève : une épingle, qui pique les jambes, parce qu'elle vous emmène contre un mur, un mur sans fin, de virage en virage, de lacet en lacet à travers la végétation abondante, abrités, cachés du soleil, mais pas cachés de la douleur. Le Chalet Resnard : la jonction de deux monde, entre la Terre et la Lune, entre le sol et le ciel, où l'on s'arrêtera bien définitivement si l'envie ne nous tiraillait pas les jambes d'aller voir plus haut, d'aller tutoyer les anges. La stèle Simpson : le coeur du mythe, entre deux grandes lignes tracées au couteau sur les flancs du monstre, la voilà qui s'élève, qui crie à tous ceux qui l'auraient oublié que ce col n'est pas un col comme les autres, qu'il abrite une âme et une légende, qu'il souffle sur sa propre histoire comme les vents soufflent sur le front et les épaules éreintés, qu'il raccourci le rythme cardiaque mais rallonge les kilomètres, qu'il éteint l'orgueil et réveille l'humilité.

Et au bout du bout, au bout du dernier virage du dernier bout de bitume, au bout de soi même et au bout de la passion, la délivrance, presque étonnante, surprenante, impromptue quand on croyait dur comme fer que non, décidément, il n'y avait pas de fin à cet enfer, que oui, non, oui, non, peut être encore un peu, peut être quelques mètres, et puis merde, non, on ne pouvait pas s'arrêter, et qu'il fallait encore, si près du but, cravacher, se faire mal, presque une délicieuse habitude ... voilà, c'est la fin. Photos. Petits bonheurs. Un rêve tient décidément à peu de chose.

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